Le service civique est un excellent outil de valorisation des jeunes et du rôle qu'ils jouent dans la société. Pourtant, deux ans après sa création, sa mise en œuvre apparaît problématique et des dérives sont déjà constatées en Picardie. Les mouvements du CRAJEP rappellent qu'il est de notre responsabilité à tous, en tant qu'organismes d'accueil, de respecter l'esprit du service civique et d'alerter sur les insuffisances du dispositif. Ils en appellent à la vigilance concernant les points suivants…
Nier l'esprit du service civique nourrit des dérives déjà à l'oeuvre sur le terrain :
Le glissement vers du sous-emploi
Dans un contexte de chômage massif des jeunes et de baisse des moyens alloués aux associations et aux collectivités locales, le service civique pourrait faire office de politique de l'emploi déguisée. C'est pourquoi il ne doit pas être la seule politique jeunesse développée. L'Etat doit répondre en parallèle aux autres défis que rencontrent les jeunes : emploi, insertion sociale, logement, santé, loisirs, etc.
Une « mixité sociale imparfaite1 »
Pour certains jeunes, le service civique sera vécu comme un choix, un « super-bénévolat » ; la faiblesse de l'indemnité ne sera pas un obstacle. Pour les jeunes de classes populaires, à l'inverse, ce sera un palliatif au chômage et l'indemnité deviendra « salaire ». Ces usages sociaux différenciés se vérifient déjà2 et entrent en contradiction avec les intentions affichées par l'État.
Un « manque d'impulsion pour la formation et le tutorat3 »
Le service civique est d'abord un espace d'expérimentation, un processus de transformation personnelle et collective garantit par la formation civique et le tutorat. Pourtant, les atermoiements liés à la mise en oeuvre de ces formations et aux modalités de leur financement ne sont pas à la mesure des enjeux. Les premiers volontaires sont ainsi sortis du dispositif sans avoir bénéficié de formation.
Le service civique est une forme spécifique d'engagement volontaire et non un emploiLe service civique est un engagement permanent à durée déterminée, donnant droit à une indemnité et à une couverture sociale. Il est d'abord un « acte d'échange […] entre une personne qui offre son temps, son énergie au bénéfice d'un projet d'intérêt général et une structure d'accueil qui offre au volontaire un terrain d'apprentissage et de construction personnelle et collective »4. Cette activité humaine fondée sur une relation de réciprocité se situe hors du registre marchand, dans le cadre d'une économie sociale et solidaire. Le service civique échappe donc, dans l'esprit de la loi, à une conception commune du travail en tant qu'activité productive rémunérée (voir en annexe, p.3, le tableau comparatif « service civique / emploi »). Le jeune volontaire est au coeur de cette relation - il co-construit sa mission à partir de ses motivations - ; le tuteur lui assure un accompagnement.
Préserver « l'esprit » du service civique, nécessite de lever certains obstaclesAfin d'assurer la « montée en charge » qualitative du service civique, l'Etat doit porter une attention particulière à :
- la formation civique et citoyenne et au tutorat : la formation permet au jeune de questionner son engagement, de construire son projet personnel et de valoriser l'expérience acquise dans le champ de l'éducation non formelle. Le tuteur remplit une fonction d'accompagnement qui demande du temps et devrait être reconnue et valorisée par l'Etat ;
- aux méthodes d'information et de communication du grand public : il est essentiel d'accompagner les structures d'accueil et les medias dans la compréhension du dispositif (via une communication adéquate) et de rappeler ce qui distingue le service civique de l'emploi ;
- au contrôle des missions de service civique afin de garantir l'esprit du service civique.
Pour que le service civique devienne un élément clé du parcours citoyen des jeunes, il ne doit pas être traité comme un dispositif technique. Les moyens mis en oeuvre par l'Etat doivent être à la hauteur de son ambition politique pour la jeunesse. A défaut, le service civique ne sera qu'un dispositif supplémentaire de précarisation et de relégation sociale de la jeunesse.
Retrouvez notre communiqué en ligne:
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