ASSISES NATIONALES DE LA POLITIQUE DE LA VILLE : « LA DECLARATION D'AMIENS » En clôture des Assises organisées ces 7 et 8 novembre, Gilles Demailly a prononcé « la déclaration d'Amiens », qui dénonce le manque de moyens alloués par l'Etat et engage une dynamique nouvelle. 
Les principaux extraits de "La déclaration d'Amiens" :
(…) Nous ne pouvons que regretter l'absence de moyens suffisamment ambitieux mis en place par l'Etat pour lutter durablement contre des phénomènes de ghettoïsation inacceptables dans notre République. De plan Marshall il n'y a pas et force est de constater que l'Etat, malheureusement, se désengage progressivement des actions spécifiques, mais également du droit commun. Nous pouvons d'ailleurs nous demander si la politique de la ville vient toujours en appui au droit commun pour lutter contre des difficultés qui sont en dehors de la norme.
Nombre de collectivités voient par exemple les crédits CUCS diminuer. Les associations se retrouvent ainsi désarmées face à, d'un côté, une situation qui s'aggrave dans un contexte de crise qui touche d'abord les plus démunis, et de l'autre, des moyens alloués réduits. La révision générale des politiques publiques a des effets catastrophiques dans la mise en œuvre des politiques d'éducation, de santé, de lutte contre le chômage ou encore de sécurité. Comment admettre qu'alors qu'on engage des moyens considérables pour rénover les écoles de ces quartiers, dits prioritaires, on y supprime parallèlement des postes d'enseignants ? Comment imaginer que les effectifs de police ne soient plus suffisants pour faire respecter l'ordre et permettre l'exercice du droit et des services publics dans certains quartiers qui apparaissent, dès lors, comme délaissés ? Les collectivités affirment de nouveau qu'elles ne pourront se substituer à l'Etat (…) parce que ces missions régaliennes constituent l'essence même de l'Etat : assurer l'équité sur le territoire national. Assurer un service public de qualité pour l'ensemble des citoyens. Assurer une justice sociale et territoriale tout en étant garant du droit et de l'ordre public.
Les collectivités demeurent cependant plus que jamais mobilisées, aux côtés des associations, des entreprises, des citoyens, pour rappeler ce principe intangible de solidarité et de soutien aux territoires les plus fragiles et relever ce défi qui reste devant nous.
Le programme de rénovation urbaine mis en œuvre apporte des avancées certaines même si le bâti ne résume pas l'ensemble des difficultés que tente de résoudre la politique de la ville. C'est pourquoi, les crédits de ce programme ne pourraient souffrir d'aucun manquement. C'est pourquoi cette dynamique devrait, en toute logique, amener à la mise en place d'un PNRU2 (Plan National de Rénovation Urbaine 2), avec une implication active de tous les partenaires, et une meilleure prise en compte du fait social, de l'humain. Cet objectif peut passer, entre autres choses, par un rapprochement des deux agences que sont l'ACSé et l'ANRU. Ce chantier d'envergure ne peut se réaliser sans la population qui parfois n'est pas suffisamment associée à l'élaboration et à la mise en œuvre des politiques publiques. Il nous faut développer notre écoute et travailler à valoriser les ressources, les capacités d'initiative, d'expression et d'action des habitants.
Approfondir la démocratie, c'est l'enrichir de nouvelles pratiques (…). Une nouvelle culture civique, non verticale, de la participation, facilitant la responsabilisation et l'implication coordonnée des différents acteurs, doit émerger. Cela ne peut se faire sans une simplification structurelle car, actuellement, la politique de la ville, malgré la transversalité nécessaire, se caractérise, non seulement, par un fort cloisonnement, mais aussi par une opacité très importante, aggravée à chaque création de dispositifs aux sigles multiples, ce qui rend cette politique inintelligible aux personnes non expertes. De plus, les objectifs de ces mêmes dispositifs sont souvent trop généraux et ne permettent pas de véritablement les évaluer (…). Nous nous devons d'interroger la pertinence et l'efficacité de nos actions, collectivement, car nous sommes responsables auprès des citoyens des politiques que nous menons. Enfin, la pratique de saupoudrage des moyens est trop fréquente et la priorisation de nos projets semble une nécessité. Penser ces changements passe par une concertation sérieuse et respectueuse des uns et des autres (…), de leurs missions et des logiques qui leur sont propres. Le sens de notre action réside bien dans sa co-construction collective permanente.
C'est pourquoi nous pouvons regretter que l'Etat n'ait pas souhaité organiser les Etats généraux de la politique de la ville demandés par tous les acteurs de terrain.
C'est pourquoi, enfin, nous invitons les acteurs présents aujourd'hui à travailler ensemble pour une dynamique nouvelle. Ce premier débat devra être à l'origine d'une vaste concertation qui permettra, à l'échelle nationale, l'élaboration de propositions communes, rappelant l'ensemble des attentes et des engagements des acteurs locaux de la politique de la ville. A la veille d'une échéance nationale d'importance, cette expression commune n'en sera que plus forte et, d'une seule voix, nous pourrons réaffirmer les enjeux et le caractère prioritaire que représente cette politique publique fondamentale.
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